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Roman 2.0 de Science-Fiction

Chapitre 1: Pierre

Pierre, fraîchement quinquagénaire, était en train de corriger des copies lorsque s’est arrivé.

Comme à son habitude, il ne souriait pas face à tant de médiocrité.

Il se savait exigeant et plutôt rude comme enseignant; c’est la raison pour laquelle il essayait de temps en temps de mettre de l’eau dans son vin, comme le mauvais bordelais qu’il était.

Ainsi, il mettait un point d’honneur à ne pas noter les copies avec un nombre, mais avec une lettre, pour ne pas trop heurter la sensibilité des élèves dont les parents étaient les plus aptes à venir l’enquiquiner.

Pour cette copie, ce sera un « d« . Il ne mettait jamais les lettres en majuscule car d’après les nouveaux codes de la société numérique, mettre une majuscule revient à crier…

Le monde était devenu absurde, et Pierre en avait pleinement conscience depuis très longtemps. Cet homme, très intelligent au demeurant, avait prédit le déclin de l’institution dans laquelle il travaillait depuis près de quinze ans. Il faisait de son mieux pour ne pas tomber dans les travers de l’administration, dûs aux porcs décisionnaires. Mais avec des consignes menant à plus de laxisme d’années en années, il était difficile de mener la barque de la nouvelle génération à plus de réflexion et d’autonomie. Il se plaisait à dire que « les mesures successives pour simplifier les études ne faisaient qu’engendrer des simples d’esprit. »

Cependant, en son fort intérieur, il adorait son métier. Il aimait transmettre ses connaissances. Pour lui, les mathématiques étaient un merveilleux prétexte pour philosopher avec les personnes qui allaient construire l’avenir, avec l’espoir que ce dernier soit plus lumineux que le présent dans lequel il était contraint d’évoluer.

Mais pour cela, il devait être intransigeant et exigeant avec ses apprenants.

Face à l' »approximativité », néologisme créé pour l’occasion par le professeur, imposée par la société contemporaine, il se devait d’aller à contre-courant pour que le chaos ne règne pas très bientôt.

Pourtant, il n’avait pas de descendance, ni même d’ascendance d’ailleurs. Il était désormais seul, et c’était peut-être pour cela qu’il prenait tant soin de l’instruction de ses élèves. Après tout, il ne lui restait plus que cela pour le maintenir en vie…

C’était donc à cet instant précis que l’information allait parvenir à ses oreilles.

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